Aurore GATTI
Aurore Gatti, tailleuse de pierre en mission.
« Je me lève le matin en sachant que je vais œuvrer pour la sauvegarde du patrimoine français et protéger l’héritage reçu des générations précédentes pour les transmettre aux générations futures ! Prendre soin de notre patrimoine, c’est se souvenir de notre histoire commune. »
Aurore Gatti a commencé sa carrière en tant qu’ingénieure travaux dans le neuf à Monaco. Mais sa passion était ailleurs. Devant un monument historique, elle sentait son cœur battre très fort. Alors, elle démissionne, change de région et passe un CAP Tailleur de pierre chez les Compagnons du Devoir. Plus qu’une reconversion, c’est l’histoire d’une conversion.
Le jury des Talentueuses de Semin, séduit par son travail, son cheminement intérieur et sa personnalité, lui attribue le trophée « Active ».
VOICI L'INTERVIEW PLEINE DE SURPRISE D'UNE PASSIONNÉE DU BÂTIMENT HISTORIQUE.
Aurore, on sent que ce travail est comme une mission pour toi. C’est exact ?
- « Oui, c’est clairement une mission. Quand on construit des logements, c'est au service des autres, c'est parce qu'il y a des besoins. Quand on restaure une cathédrale, peut-être que tout le monde ne le voit pas comme ça, mais c'est aussi au service de la société. C'est conserver et garder la mémoire de notre histoire. Ces bâtiments historiques, lieux de culte ou non, sont également importants parce ce sont des repères dans une ville. Une cathédrale dans son état actuel, c’est la succession de multiples transformations qui sont le reflet de différentes étapes de notre histoire. Pour moi, le patrimoine, c’est un lien matériel entre des générations hyper éloignées. Cette mission est liée à l’humain. Je suis très sensible à la transmission entre les générations. J'adore échanger avec les anciens. Je trouve ça nourrissant. Par exemple, lors d’un stage avec des tailleurs de pierre au Château de Versailles. Je déjeunais avec eux et j’étais absorbé par leurs récits. Ils avaient des étoiles dans les yeux quand ils parlaient de leur métier. J’ai senti leur amour du matériau et leur envie de transmettre leur savoir-faire. D’ailleurs, j’étais encore très jeune, c’est la première fois que j’entendais parler des Compagnons du Tour de France. Inconsciemment cette idée et ces moments ont dû germer dans mon esprit. »
Dans Citadelle, Antoine de Saint-Exupéry écrivait « il n’y a pas de hasard, il y a des forces en marche ; à toi de les créer, le hasard suivra ». Cette citation reflète bien ce qui s’est passé sur ton premier chantier.
- « En 2017, lors de ma première embauche, j’aurais dû être formée par un conducteur de travaux senior. Mais, il a fait un burn-out. On me propose alors de gérer toute seule ce chantier en gros œuvre et tous corps d’état ! Il s’agissait de La Maison Diocésaine de l'Archevêché de Monaco. Incrédule, je n’ai pas hésité une seule seconde. Je relève ce défi. Je mets toute mon énergie dans cette construction. Là encore, un homme m’a particulièrement marquée. C’était l’archevêque de Monaco à l’époque, Monseigneur Barsi. Il avait un visage lumineux et je me sentais apaisée en sa présence.
- Je crois qu’ils ont apprécié mon travail. Dans la chapelle, près de l’autel, ils ont scellé un parchemin dans l’autel avec les noms de tous les donateurs et ils ont décidé d’y ajouter le mien. »
Quelle délicate attention ! Ils ont voulu t’exprimer leur reconnaissance. C’est important de prouver aux autres qu’on apprécie leur travail. Encore une fois, ils ont planté une nouvelle graine dans ton esprit, mais aussi dans ton cœur.
- « Oui, je me suis rendu compte que ma vie spirituelle était intimement liée à ma vie professionnelle. Ce chantier m’a rapprochée un peu plus de l’église. Au point de décider de me faire baptiser en 2022 dans la cathédrale de Monaco. »
Plus qu’une reconversion, cela a été une vraie conversion.
- « Exactement (rires), il y a eu une conversion juste avant la reconversion ! »
Passons à la reconversion. Tu as démissionné pour passer ton CAP de tailleuse de pierre. Quel a été le déclic ? Le moment où tu as compris ce que tu voulais faire vraiment ?
- « J’ai vu un reportage sur les femmes qui travaillaient dans la restauration des monuments historiques. L’histoire d’une tailleuse de pierre a attiré mon attention. Il s’agissait de Lucie Branco, la première femme reçue comme tailleur de pierre chez les Compagnons du Devoir. Mais là encore, j’ai mis ça dans un coin de mon cerveau. Quelque temps plus tard, je suis partie en Islande avec une amie. Cela m’a permis de couper un peu avec la vie à mille à l’heure dans les rues de Monaco et de me poser pour réfléchir calmement. Je me suis dit que j'aimais mon travail, mais il me manquait cette passion viscérale pour mon métier. Alors, j’ai lu le livre de Lucie Branco : «On ne bâtit pas de cathédrales avec des idées reçues ».
De déclic en déclic, de fil en aiguille, tu t’es retrouvée chez les Compagnons de Saint-Jacques et sur le chantier de la cathédrale de Bordeaux. Raconte-nous ce premier chantier en tant que tailleuse de pierre ?
- « La toute première pierre que j’ai taillée a été posée sur la cathédrale de Bordeaux ! En y pensant, ça me fait venir les larmes aux yeux.
- Les tailleurs de pierre reproduisent les mêmes gestes avec les mêmes outils depuis les bâtisseurs de cathédrales. C’est en suivant cette méthode que le passage du travail de celui qui a taillé la pierre à l’origine à celui de la restauration ne se voit pas. Quand je taille une pierre et que je la pose sur la cathédrale, je la vieillis, par exemple en cassant un peu les arêtes ou en y laissant des traces, des coups d’outil, etc.
- J’ai changé du dallage au niveau du chœur de la cathédrale Saint-André de Bordeaux. C'était la première fois que j’accédais derrière l’autel. Je suis passée par une porte presque secrète par laquelle Aliénor d’Aquitaine serait entrée lors de son mariage, d’après les dires du sacristain. C’était étrange, je me sentais privilégiée. En plus, j’ai pu y admirer la nef sous un autre angle de vue. J’intervenais un matin, avant l’ouverture au public. Il ne faisait pas encore jour à cette période et nous n’étions que deux dans l’immensité de la cathédrale. C’était vraiment saisissant, le lieu, l’atmosphère, le silence ! D’ailleurs quand le sacristain est venu nous voir, je ne l’ai pas entendu arriver, il était derrière moi et en me retournant, j’ai sursauté de surprise !
- J’ai vécu d’autres moments extraordinaires. Par exemple, quand j'étais sur les échafaudages de la façade de la cathédrale à 50 mètres du sol, je me trouvais nez à nez avec des pierres que je distinguais à peine quand j’étais en bas, sachant que chacune de ces pierres avait été posée par un autre tailleur de pierre. Donc forcément, c'est émouvant et ça nous dépasse. »
Je t’interromps un instant, car c’est ça l’humanisme. Tu viens de le décrire merveilleusement. Quand tu observes un bâtiment, tu ne considères pas simplement l’architecture, les couleurs ou les formes. Mais tu vas jusqu’à imaginer les artisans qui ont été là sur d’autres échafaudages, il y a 20, 100 ou 1000 ans de ça pour poser une pierre ou la sculpter. C’est l’image de cette personne qui provoque une forte émotion. Je te laisse poursuivre ton récit.
- « Un chantier, c’est effectivement de l’humain avant tout. Ça me fait penser à d’autres anecdotes qui ne sont pas techniques. Par exemple, on m’avait surnommée « Grace » (avec l’accent anglais) en référence à la Princesse Grace de Monaco.
- C’est une cathédrale que ma marraine aime beaucoup, car c’est là où Aliénor d’Aquitaine s’est mariée avec Louis VII. Et c’est là que mon compagnon, Maxime, m’a fait sa demande de fiançailles. »
En parlant d’émotions, qu’as-tu ressenti quand tu as reçu le trophée des Talentueuses des mains de Valérie Gagliardi, Directrice générale chez LiTT Diffusion SAS ?
- « J’ai ressenti une forte poussée d’adrénaline, car j’ai été la première à monter sur scène pour recevoir un trophée. Mais, j’étais surtout énormément fière et touchée d’avoir eu la reconnaissance du secteur du bâtiment et que ce prix soit remis par Valérie Gagliardi, une femme dirigeante de ce secteur, était très symbolique. »
Le but des Talentueuses est de mettre en lumière des talents comme le tien en permettant à des gens qui n’aurait jamais eu la possibilité de te rencontrer de te découvrir. Qu’est-ce que signifie pour toi ce trophée ?
- « Il faut toujours aller au bout de ses convictions, s’accrocher et écouter les choix du cœur.
- Ce trophée nous incite à développer la sororité dans le bâtiment ! Je trouve cela génial que des femmes promeuvent des parcours d'autres femmes dans ce domaine. D'une part, parce que nous nous croisons assez rarement au quotidien. Cela crée du lien. D'autre part, car nous savons que les récompenses et les reconnaissances y sont rares, donc je trouve cela très beau symboliquement. Du haut de mes 32 ans, il me semble nécessaire que les Talentueuses inspirent les femmes d'aujourd'hui, afin qu’elles se réalisent en toute liberté dans ce qui les fait vibrer ! »
À qui souhaites-tu dédier ce trophée et pourquoi ?
- « Je souhaite le dédier à toutes les personnes qui m'ont mis des bâtons dans les roues et qui n'ont pas cru en moi, car grâce à elles, j'ai été obligée de me dépasser.
- Je le dédie aussi à toutes les personnes que j'aime et qui m'ont soutenue tout au long de mon parcours. En particulier, ma famille, ma marraine Athénaïs qui m’a toujours encouragée et mon compagnon Maxime qui a accepté de faire des sacrifices au niveau de notre relation pour que je puisse m’épanouir professionnellement. Ce n’est pas une victoire uniquement personnelle, il y a toute une équipe derrière. »
Quels sont les sacrifices que tu as faits pour en arriver là ?
- « J’ai fait de nombreux sacrifices, comme partir à Bordeaux loin de mon compagnon ou l’impact financier, car je passe de mon salaire d’ingénieur à un SMIC pour mon CAP Tailleur de pierre ! Mais je considère ces sacrifices comme des investissements personnels. »
Dans ton parcours, est-ce que tu as parfois éprouvé un sentiment d’injustice ?
- « Ça m’est souvent arrivé. Au début de ma carrière, je devais être formée sur un chantier par un collègue. Il est parti en arrêt maladie pendant plusieurs mois. À son retour, il a commencé par défaire tout ce que j’avais organisé avec les sous-traitants, créant des tensions avec mon chef de chantier. Il passait ses journées à me rabaisser en répétant que je n’étais plus une simple stagiaire et qu’il fallait que je me bouge, alors que je ne l’avais pas attendu pour prendre des initiatives. Sans compter ses menaces quotidiennes pour me faire comprendre qu’il n’avait qu’un mot à dire au directeur pour que je sois virée. Heureusement, un autre collègue, proche de la retraite, s’est rendu compte de la situation et l'a bien remis à sa place. »
- Au début de ma carrière, je devais être formée sur un chantier par un collègue. Il est parti en arrêt maladie pendant plusieurs mois. À son retour, il a commencé par défaire tout ce que j’avais organisé avec les sous-traitants, créant des tensions avec mon chef de chantier. Il passait ses journées à me rabaisser en répétant que je n’étais plus une simple stagiaire et qu’il fallait que je me bouge, alors que je ne l’avais pas attendu pour prendre des initiatives. Sans compter ses menaces quotidiennes pour me faire comprendre qu’il n’avait qu’un mot à dire au directeur pour que je sois virée. Heureusement, un autre collègue, proche de la retraite, s’est rendu compte de la situation et l'a bien remis à sa place. »
Aurore a pris le temps de la réflexion avant de répondre à cette question sur les injustices qu’elle a subies. Elle enchaîne les histoires d’humiliation, d’insultes gratuites, d’humour déplacé, de rabaissements. Il faut un sacré caractère pour ne pas se laisser faire. En voici une autre illustration.
- « Lors d’une pause déjeuner au réfectoire de l’entreprise, un collègue a lancé devant la petite assemblée :
- - Eh bien, moi, en tout cas, j’ai plus de seins qu’Aurore, ce n’est pas dur !
- Ce par quoi je lui ai répondu :
- - Peut-être, en revanche, moi, j’ai plus de couilles que toi, c’est sûr ! ».
- Et tout le monde s’est foutu de lui. »
Je vais citer un extrait de ton dossier qui me semble être la réponse parfaite à ces injustices et ces tensions qui ne devraient jamais exister :
- « Je voudrais que dans l'esprit des gens, le bâtiment soit un milieu accessible pour toutes et tous, où tout le monde peut trouver sa place ! Que les préjugés tombent pour laisser place à la transmission et laisser s'exprimer la passion de chacune et chacun, quel que soit son sexe, son âge ou son parcours de vie. »
L’un de tes points forts, c’est la polyvalence. Une polyvalence que l’on retrouve dans tes passions en dehors du bâtiment. On pourrait même parler de grand écart. Tu fais de la danse, mais aussi… du rugby ! Comment passe-t-on de l’un à l’autre ? Et quels sont les points communs entre ces disciplines apparemment diamétralement opposées ?
- « Et en école d’ingénieur, j’ai même fait du foot ! (rires)
- Il y a de nombreux points communs entre la danse et le rugby. Par exemple, la précision, l’agilité ou encore le gainage et les appuis. Le changement d’appui, c’est fondamental dans ces deux disciplines. On pourrait aussi citer la rigueur, l’exigence, le dépassement de soi et la résistance à la pression. »
Est-ce qu’il y a un joueur de rugby que tu admires ?
- « J’aimais bien Christophe Dominici (ndlr : décédé à 48 ans en 2020). J’avais lu le livre magnifique qu’il avait écrit « Bleu à l’âme ». Il y montrait toutes ses fragilités. Au-delà du grand sportif, l’homme m’a profondément touchée. »
Tu m’as raconté qu’un jour ton maître d’apprentissage pour amuser la galerie avait déclaré qu’il écrirait bien dans ton carnet de liaison :
- « Aurore a quelques capacités intellectuelles, mais elle ne sait rien faire de ses 10 doigts ! »
- J’aimerais qu’il lise cette interview. Lui, mais aussi ces autres collègues qui t’ont mis des bâtons dans les roues, et tous ceux qui ont encore de stupides préjugés dans le bâtiment et en dehors. Avant de faire des remarques désobligeantes et maladroites, intéressez-vous à l’autre et à son histoire. Car, elle vous surprendra et vous aurez envie de mieux la connaître et l’apprécier.
En parlant de fragilités, tu dis que ton pire défaut est une remise en question permanente qui nuit à ta confiance en toi. Est-ce que ce trophée peut t’aider dans cette recherche de confiance ?
- « Je doute constamment. Cette remise en question permanente, ça mange énormément d’énergie. Mais cette peur ou cette anxiété ne m’empêche pas d’agir. C’est le message que j’aimerais faire passer. En agissant, on dépasse nos peurs.
- Ce trophée m’aide à me rendre compte du chemin parcouru et de ce que j’ai réalisé. J’ai adoré dialoguer avec Caroline Semin. Tu vois, dans cette interview, je parle souvent de transmission intergénérationnelle. Je crois savoir que Caroline représente la sixième génération à la tête de cette entreprise et c’est même la première femme. Son parcours est hyper inspirant pour moi.
- C’est également important de donner confiance et d’être à l’écoute des autres. J’aurais voulu moi aussi qu’on me motive quand j’étais adolescente. J’en aurais eu énormément besoin. Quand tu fais de la danse, tu es toujours face au miroir, avec des profs qui critiquent ton physique et te comparent aux autres. On m’a toujours montré ce qui n’allait pas. J’avais une vision déformée. C’est très dur.
- Alors, moi, sur mes chantiers, je parle aux jeunes, car j’ai envie qu’ils croient en leurs capacités. Par exemple, je suis en contact avec Paul, un apprenti tailleur de pierre qui est sur le Tour de France. C’est quand même très intellectuel comme métier avec une partie dessin technique à ne pas négliger. Il avait peur de ne pas y arriver, car il est dyslexique. J’ai dû le convaincre que ça n’avait rien à voir et qu’il allait y arriver malgré les difficultés. C’est un garçon qui est en train de se construire, qui s’épanouit de plus en plus et qui a de l’or dans ses mains. »
Quel est ton outil fétiche ?
- « Mon outil fétiche, c’est l’outil que j’ai utilisé pour tailler ma première pierre. C’est un taillant. Il pèse entre 3 et 4 kg ! Il symbolise le savoir-faire des tailleurs de pierre au cours des siècles. Il est rare, mais on le trouve encore sur les chantiers. On me l’avait prêté, mais je ne possède pas encore le mien. »
Tu es une talentueuse du bâtiment, tu as aussi du talent dans de nombreuses disciplines comme la danse et le rugby. Est-ce que tu as encore un autre talent caché ? (rires)
- « J’ai fait beaucoup de danse classique, mais depuis quelques années, je me suis mis au Lindy Hop. C’est une danse de couple américaine qui ressemble un peu au swing et au charleston. Et je fais partie d’une troupe de Chorus Line. Est-ce que tu connais ?"
Oui, c’est une comédie musicale très célèbre que j’ai vue il y a très longtemps à San Francisco.
- « Ça me fait plaisir de l’entendre, car à chaque fois que j’en parle, personne ne connaît. C’est une troupe de danseurs qui proposent des chorégraphies synchronisées avec des pas de bases de solo jazz, swing et charleston. Ma troupe s’appelle « Glitter Sisters ». Fin avril, on a même remporté une compétition internationale. »
Encore un trophée remporté en 2025, c’est ton année, bravo Aurore. Quand tu n’es pas sur un chantier ou sur scène, que fais-tu pour te relaxer chez toi ?
- « J’aime beaucoup écrire et lire. J’ai envie d’évoquer le livre de Paul Bonnecarrère « Par le sang versé: La Légion étrangère en Indochine ».
L’Indochine et la guerre, c’est encore un choix surprenant de ta part. Qu’est-ce qui t’a plu dans ce livre ?
- « J’ai choisi de lire ce livre parce que mon grand-père a participé à la guerre d’Indochine et que ma grand-mère est née en Indochine. Quand j’ai réalisé que mon grand-père avait combattu là-bas, j’ai voulu en savoir plus sur ce moment de l’histoire. J’ai appris, par exemple, que les légionnaires ne naissent pas français, mais deviennent français par le sang qu'il verse pour la France. Quand on voit le courage, la fidélité, la solidarité et les valeurs de la légion, on ne peut pas sortir indemne de cette lecture. »
En t’écoutant parler de ton histoire, je comprends encore mieux les valeurs qui t’animent en tant que tailleuse de pierre. Est-ce qu’il y a un pays qui t’a marquée plus que les autres ?
- « J’ai toujours beaucoup voyagé. C’est important, car cela te donne une ouverture d'esprit et une curiosité envers les autres cultures. Mais, la France reste le pays que j’admire le plus, il y a tellement de beauté et de finesse dans les paysages de nos régions. »
Quelle est ton héroïne réelle ou imaginaire ?
- « J’ai 3 héroïnes qui ont des histoires qui me touchent vraiment : Sainte-Marguerite Bourgeoys, Valérie André et Christine de Pisan.
- Sainte-Marguerite Bourgeoys est une Champenoise qui a immigré au Canada, dans la future ville de Montréal. Institutrice, elle a œuvré pour l'éducation des jeunes filles et a créé un ordre religieux. Elle était d’une grande intelligence et avait la volonté d’innover, mais elle souffrit d’être en avance sur son temps.
- Valérie André est la première femme à devenir officier général en France. Elle était médecin, parachutiste, et est même devenue pilote. Elle prend conscience de l’importance des hélicoptères pour évacuer les blessés. Grâce à sa détermination, elle réussira dans ses missions à transporter de nombreux soldats durement touchés.
- Christine de Pisan, une Franco-Vénitienne qui a vécu au Moyen Âge, est considérée comme la première femme française à vivre de sa plume.
- Son ouvrage le plus célèbre est « La Cité des dames ». Elle présente une cité entièrement constituée de femmes. Elle réfute les défauts communément attribués aux femmes et elle démontre leur valeur à travers de nombreux exemples. »
C’est aussi notre ambition à travers ces interviews des femmes talentueuses du bâtiment. Personnellement, je ne connaissais pas les femmes dont tu viens de nous parler. Merci de les avoir mises en lumière.
« Walt Disney disait: “Pour réaliser une chose vraiment extraordinaire, commencez par la rêver.” Quel est ton prochain rêve ?
- « Mon prochain rêve, c'est vraiment de pouvoir m'investir pleinement pour le patrimoine, plus particulièrement, le patrimoine religieux. Je pense avoir plusieurs cordes à mon arc pour me spécialiser dans ce domaine.
- J’ai un autre rêve, ça devrait te plaire, c’est d’écrire un livre. »
On se rejoint vraiment sur ce point Aurore. Est-ce qu’il y a une restauration que tu rêverais de réaliser ?
- « Oui, je rêve de restaurer l’église où se sont mariés mes grands-parents, à Sare, dans le Pays basque. J’y avais été avec mon oncle et mes parents il y a quelques années. Ensuite, quand j’étais à Bordeaux, j’avais fait deux fois la route pour assister à la messe là-bas. J’avais l’impression d’avoir mes grands-parents avec moi sur le banc de l'église.
- La messe était en basque, ce qui est plus dur à suivre, mais n’enlève rien au charme de cette église fortifiée dans les terres du Pays basque. »
Depuis que tu as reçu le trophée des Talentueuses, qu’est-ce qui a changé pour toi ?
- « Je viens de créer mon entreprise pour proposer des missions d’accompagnement aux diocèses et aux communes ou collectivités territoriales dans la gestion et l’entretien de leur patrimoine religieux.
- Je suis également en train d’ajouter une corde juridique à mon arc (en plus de l’aspect technique et religieux) en me formant sur le droit des religions et de la laïcité.
- De plus, j’ai lancé ma page @la_tailleuse_de_prières sur Instagram où je partage des posts sur les églises que je visite pour mieux faire connaître notre patrimoine sacré !
- D’ailleurs, un de mes rêves serait de concevoir et construire une église ! »
Tu y arriveras un jour, on n’échappe pas à son destin. En conclusion de cette interview : est-ce que tu crois que tu peux être un exemple pour d’autres femmes ?
- « Si mon parcours peut inspirer d'autres femmes à se dire que c'est possible, alors oui, je pourrais être un exemple. Je sais que je ne suis qu’une goutte d’eau, mais si je peux leur ouvrir la voie, ça serait formidable. »
En lisant ton interview, je suis certain que plus personne ne visitera une église ou un monument de la même façon. Tu as mis en valeur un métier… mémorable, tailleur de pierre. Tu nous as donné envie de nous lever le matin pour aller explorer notre patrimoine, et en particulier, les lieux que tu as merveilleusement évoqués. Merci Aurore.
Propos recueillis par Denis Gentile.