Marie Lauer
La passion et l’ambition d’une apprentie du bâtiment
« Je souhaite reprendre l’entreprise de plâtrerie familiale, faisant ainsi de moi la 5e génération de plâtrier, mais aussi la première femme à la tête de l’entreprise. »
L’histoire de Marie Lauer ne vous rappelle-t-elle pas une autre histoire ? Réfléchissez bien, car il y a vraiment des similitudes assez incroyables. Marie nous raconte quelques belles anecdotes dans cet article.
Le jury des Talentueuses de Semin, conquis par le parcours de Marie et sa détermination, a voulu l’encourager en lui attribuant le trophée « Apprentie ».
Voici l’interview d’une apprentie du bâtiment passionnée et ambitieuse.
Bonjour Marie, tu viens de terminer ton apprentissage sein de l’entreprise Briotet Fermetures. Que va-t-il se passer maintenant ?
- « Je vais rejoindre l’entreprise familiale, la plâtrerie Lauer, en tant que chargé d’affaires. C’est le début d'une nouvelle grande aventure. »
Tu as remporté le trophée « Apprentie » des Talentueuses de Semin qui récompense les femmes du bâtiment. Qu’as-tu ressenti quand tu as appris que tu étais la lauréate de cette catégorie, puis quand tu es montée sur scène pour recevoir ce trophée des mains de l’artisan plaquiste Pierre Thorel (alias lapprenti2.0) sur les réseaux sociaux ?
- « J’ai d’abord été surprise. C’est mon père qui m’a lancé le défi de participer à ce trophée. Quand je me suis inscrite, je n’étais qu’en première année de formation, et je me disais que c’était trop tôt pour remporter un prix. En plus, quand on voit le profil impressionnant de la précédente lauréate (Louise Guillet, capitaine de l’équipe de France de water-polo aux JO de Paris), je ne me sentais pas vraiment à la hauteur.
- Quand je suis montée sur scène, j’étais stressée, mais surtout fière de moi et très heureuse. »
À qui souhaites-tu dédier ce trophée ?
- « Je veux dédier ce trophée à mon père, Olivier Lauer, car il m’a mis le pied à l’étrier, même si c’était un peu malgré lui ! Il n’était pas favorable à ce que j’intègre le secteur du bâtiment, et encore moins que je puisse reprendre l’entreprise familiale. Il décrivait un milieu assez dur, souvent conflictuel et qui demande un investissement de tous les instants. Je pense qu’il avait la classique réaction d’un père qui souhaite protéger sa fille. Mais il aime tellement ce qu’il fait qu’il m’a transmis sa passion le plus naturellement du monde.
- C’est vraiment grâce à lui que je suis là aujourd’hui. Et puis, maintenant, il est convaincu que c’était la bonne décision. »
Tu seras la 5e génération à la tête de la plâtrerie Lauer. Qui a été le fondateur ?
- Tu seras la 5e génération à la tête de la plâtrerie Lauer. Qui a été le fondateur ?
Le but des Talentueuses est de mettre en lumière des talents comme le tien. Permettre à des gens qui n’auraient jamais eu la possibilité de te rencontrer de te découvrir. Qu’est-ce que signifie pour toi ce trophée ?
- « C'est un bel encouragement pour l'avenir. Ce trophée arrive très tôt dans ma carrière professionnelle, mais il me montre que je suis sur la bonne voie et que j'ai tout intérêt à continuer. En quelque sorte, il valide mon projet. »
- Cette catégorie des apprenties a été pensée pour des profils comme le tien. On pourrait dire que c’est le trophée du meilleur espoir. Alors, même si tu n’as que 20 ans, il n’arrive pas trop tôt, et dans quelques années, tu pourras encore concourir pour les Talentueuses, mais dans une autre catégorie.
Comme tu l’as précisé précédemment, tu succèdes au palmarès à Louise Guillet, une grande sportive. Aujourd’hui, elle a repris l’entreprise familiale de peinture. Je crois savoir que pour toi aussi le sport est important, en particulier l’équitation. Quels sont les points communs entre l’équitation et le bâtiment ?
- « J’ai commencé l’équitation à l’âge de 5 ans. C’est une passion qui me vient de mon grand-père, Michel Lauer, et encore une fois, de mon père. Je fais aussi bien du dressage, du saut d’obstacles ou encore du travail à pied.
- Ce n’est pas évident de se faire comprendre par un cheval, c’est même périlleux. La communication non verbale est importante pour qu’on puisse arriver à un objectif commun. En saut d’obstacles, par exemple, on doit finir ensemble le parcours le plus vite possible sans renverser de barres.
- C’est un peu avec la même chose sur un chantier. On doit surmonter les imprévus, les retards de livraison, les conflits ou encore les changements de dernière minute sans que ces éléments viennent entraver nos objectifs communs: la réalisation de travaux de qualité et la satisfaction du client.
- Je suis en formation pour devenir une bonne conductrice de travaux. Pour y arriver, je me dis que j’ai besoin d’être bien entourée et de savoir communiquer correctement avec tout le monde. »
Est-ce que tu as un cheval attitré ?
- « Non, je change régulièrement de monture. Cela me permet de me remettre en question sur mes techniques et ma façon de communiquer, car chaque cheval est différent. Certains comprennent immédiatement les instructions, d’autres ont besoin de plus de temps. »
Dans ton dossier, on apprend que tu représentes la 5e génération de plâtrier, que tu deviendras la première femme à la tête de l’entreprise familiale et que ton but est de faire perdurer l'aventure Lauer en y ajoutant ta propre vision.
On ne peut que constater une chose évidente : tu marches les traces de Caroline Semin. Vos carrières se ressemblent, car elle représente la 6e génération de l’entreprise Semin et elle est la première femme à sa tête. En plus, vous êtes toutes les deux originaires de la Moselle. En plus, il n’y a que 12,5 km qui séparent les 2 entreprises !
Est-ce que Caroline est un modèle pour toi ?
- « Oui, Caroline Semin est clairement un modèle pour moi. Humainement, elle est fantastique et professionnellement, elle est impressionnante. Elle s’engage sur des sujets primordiaux comme l'environnement et l'inclusion des femmes dans le bâtiment. À mon échelle, j’ai envie de suivre son exemple. Bien sûr, je ferai sûrement des choses différentes, mais elle restera une femme inspirante pour moi. »
Est-ce qu’elle t’a donné des conseils ?
- « Elle m’a fait comprendre que le travail en famille demande des concessions et beaucoup de patience. Elle m’a dit que je devais apporter ma patte tout en écoutant mon père et mon grand-père, car leur expérience me sera bénéfique. »
Vos deux entreprises sont aussi très proches géographiquement. Cela facilite sûrement vos relations.
- « Depuis la création de l’entreprise en 1945, on se fournit chez Semin. C’est simple, les ouvriers ne veulent travailler qu’avec des enduits Semin !
- On a aussi refait les bureaux chez Semin. Et, il y a deux ans de cela, on est aussi intervenu sur la maison de Caroline. C’était une expérience enrichissante, car on a travaillé sur ce chantier avec des produits exclusivement Semin et directement avec Caroline. Elle avait énormément d’idées créatives. Par exemple, on a fait un escalier avec des enduits de plâtre, ce qui n’est vraiment pas commun. »
Est-ce que tu avais déjà eu l’occasion de la rencontrer ?
- « Caroline a été stagiaire dans notre entreprise, il y a quelques années de cela quand elle se préparait à prendre la tête de Semin. Elle a tourné dans nos équipes de plâtriers et plaquistes pour apprendre à utiliser les produits Semin et d’autres marques aussi. Je sais qu’elle avait bien apprécié ce stage. »
C’est passionnant ce que tu nous racontes Marie. Je tiens quand même à préciser que les membres du jury ne connaissaient absolument pas ces liens qui lient ton entreprise et Semin. Bien sûr, sauf Caroline qui n’a jamais rien révélé pendant les délibérations. Je les découvre au fur et à mesure en faisant cette interview. C’est donc en toute objectivité que nous avons décidé de t’attribuer ce trophée. Il est entièrement mérité. Et cela nous permet d’en apprendre encore un peu plus sur Caroline, la créatrice des Talentueuses.
Caroline Semin a apporté une touche de modernité à son entreprise. Par exemple, grâce à ses actions sur les réseaux sociaux, souvent en relation avec les artisans, ou à travers de nouveaux produits durables, et puis bien sûr avec la création du trophée des Talentueuses.
Est-ce que tu as déjà quelques idées pour ton entreprise ? Quels sont les thèmes importants que tu souhaiterais développer ? Quelle est ta vision ?
- « J’aimerais miser sur l’environnement et la jeunesse. Mon père a déjà fait un très beau travail sur l’environnement avec l’utilisation de matériaux biosourcés. On travaille notamment avec des architectes qui développent des projets sur la biodiversité. Par exemple, sur le chantier du moulin du Buding près de Kédange-sur-Canner, on a aménagé des combles pour permettre à la pipistrelle, la plus petite espèce de chauve-souris d’Europe, de s’abriter commodément. On a utilisé de la laine de bois qui est moins nocive et qui évite surtout qu’elles soient en contact avec du plastique. C’est le type de projets que j’aimerais réaliser de plus en plus. »
Tu cites aussi la jeunesse, un thème sur lequel tu souhaites t’investir.
- « Oui, je veux miser sur la jeunesse. Je suis jeune et encore apprentie, je suis donc particulièrement sensibilisée à ce sujet. J'aimerais à mon tour prendre des apprentis dans l’entreprise familiale. Je sais combien c’est compliqué de trouver une alternance ou des apprentissages. J'ai aussi essuyé pas mal de refus pendant ma recherche d’entreprises. Alors, si je peux à mon échelle faciliter ce processus, puis les former à nos métiers, ça serait formidable. »
Est-ce que tu peux nous parler de ton expérience en tant qu’apprentie dans l’entreprise Briotet ?
- « On est une entreprise de menuiserie extérieure en aluminium, PVC et bois. On installe aussi des clôtures, des portes d’entrée et des portes de garage. On fabrique toutes nos menuiseries en aluminium avec des profilés à 75% recyclés de la marque Technal. C'est aussi une entreprise qui est engagée d'un point de vue environnemental. Ça m'a bien plu. »
À travers ton langage, on sent ton implication au sein de cette entreprise. Tu en parles en utilisant le pronom personnel « on », comme si c’était ton entreprise, alors que ton apprentissage vient de se terminer. Quel a été ton rôle ?
- « Pendant deux ans, j’ai pu travailler en grande autonomie sur quelques projets. Par exemple, j’ai répondu à des appels d’offres et j’ai pu gérer quatre chantiers que j'avais décrochés. J’ai énormément appris en faisant ce travail. J’étais à la fois de chargée d'affaires et conducteur de travaux de A à Z. J’ai géré ces chantiers pratiquement seule. La menuiserie extérieure m’a passionnée. C’était une expérience enrichissante, maintenant, je me sens prête à me lancer. »
Est-ce qu’il y a un enseignement que tu retiendras en particulier de cet apprentissage ?
- « Prends le temps de faire les choses, laisse-toi un temps de réflexion », c’est ce que mon patron me répétait sans cesse. Il m’expliquait qu’on est souvent face à des clients, des architectes et des maîtres d'œuvre qui nous poussent à aller vite, mais moi, je ne devais pas me laisser emporter par cette pression. « Le monde attendra, me disait-il, ce n’est pas grave. »
Dans ton parcours d’apprentissage, est-ce que tu as parfois ressenti un sentiment d’injustice ?
- « Oui, malheureusement. J’aurais dû faire un stage ouvrier, mais il n’a pas pu aller à son terme pour un problème d’inclusion. On a évité de me mettre dans certaines équipes. C’est dommage, car ces personnes avaient certainement beaucoup de connaissances à me transmettre. C’est injuste. »
Si je traduis, certains pros, des hommes, n’acceptaient pas d’avoir une stagiaire fille dans leur équipe. C’est, comme tu le dis, totalement injuste.
- « Encore plus quand tu constates qu’un nouvel apprenti masculin n’a eu aucune difficulté à intégrer ces mêmes équipes. »
Ce sont des situations qui ne devraient pas se produire, mais qui sont encore trop fréquentes. Je m’en aperçois à travers ces interviews, comme lorsque Margot Gillot nous raconte qu’un peintre refusait de lui adresser la parole sur un chantier. Mais elle a su rebondir immédiatement et elle a compris ce qu’elle voulait vraiment faire.
- « Là aussi, c’est dommage, car elle a vécu une mauvaise expérience. Mais elle a eu une attitude positive qui lui a donné le déclic pour créer son atelier. »
Justement, dans ton dossier de candidature aux Talentueuses, tu parles aussi de « casser les mythes » et les préjugés d’être une femme dans le bâtiment, dédiaboliser le secteur. Quels mythes souhaiterais-tu casser ou dédiaboliser ?
- « On a l’image d’un secteur masculin et rude, on pense donc que les femmes vont être trop faibles physiquement ou mentalement pour tenir sur un chantier. C’est totalement faux. En discutant avec les professionnels du bâtiment pendant la soirée des Talentueuses, tout le monde était d’accord, les femmes sont fortes aussi bien physiquement que mentalement pour travailler sur un chantier. La première étape est tout simplement de prendre le temps de dialoguer avec nous.
- Il y a un autre mythe que je veux casser. On est diabolisées quand on entend dire que les femmes sont hystériques et, excuse-moi pour le vocabulaire, qu’elles « nous cassent les couilles ! ». C’est une façon de nous discréditer bassement et vulgairement. Ils ont tout de suite des propos déplacés en nous attaquant personnellement. C’est des réactions que j’entends depuis que je suis toute petite quand j’allais sur les chantiers avec mon père. »
On va y revenir dans un instant. Mais avant, je voulais te demander : quels sont les avantages d’être une femme dans le bâtiment ?
- « C’est une très bonne question. Comme les hommes nous attendent au tournant, ça nous motive encore plus et on est à 200 % dans ce que l’on fait. On en tire une force supplémentaire, de la rage et la niaque pour montrer ce que l’on est capable de réaliser. »
Ta passion pour le bâtiment est née quand tu avais 8 ans. Tu accompagnais ton père sur les chantiers. Tu es donc tombée dans la marmite, ou plutôt la brouette, très jeune. Est-ce que tu peux nous raconter cette première journée qui a changé ta vie ?
- « Ce jour-là, ma maîtresse était malade et il fallait trouver quelqu’un pour me garder. Comme personne n’était disponible, mon père m’a dit : « ce n’est pas grave, tu vas venir avec moi au travail ! » C’était sur le chantier d’une banque à Sedan. Le bâtiment, moi qui étais toute petite, me paraissait immense. Les locaux étaient vides et désaffectés. Mon père allait les transformer en des bureaux tout neufs. Avec mes yeux d’enfants, j’étais émerveillée.Puis, on a visité un autre chantier à Thionville, c’était un grand centre commercial. Ça allait devenir un lieu de vie important pour tous les habitants, alors j’avais un sentiment de fierté de me dire que c’était mon papa qui allait le faire.
- Encore aujourd’hui, quand je passe devant les réalisations de l’entreprise de mon père, je raconte à mes amis que c’est lui qui a fait ça. À force, je dois les saouler un peu (rires).
- Pendant les vacances scolaires, je suivais souvent mon père dans son travail. Je l’écoutais pendant les réunions proposer des solutions. J’observais ces faits et gestes, c’était enrichissant. »
Ce sont de belles histoires. C’est touchant de t’écouter. Le jury aussi a été touché par ce que tu as écrit dans ton dossier : « Alors qu'on m'avait prévenu d'une journée qui m'ennuierait, je m’en souviens encore aujourd’hui. J’ai rencontré des personnes passionnées et fières de leur métier. Le soir en rentrant à la maison, j'avais décidé que je voulais faire "comme papa", décision qui n'a jamais changé. »
Peux-tu évoquer en quelques mots ces personnes passionnées ?
- « Oui, oui (je sens dans sa voix qu’elle est très émue). Je voyais des gens épanouis dans leur métier. Il y avait un architecte qui prenait le temps de m’expliquer ce qu’il avait projeté et pourquoi il allait le faire de cette façon plutôt qu’une autre. Seule une personne qui aime son métier peut prendre le temps de t’expliquer ces choses. Surtout que moi, je n’avais rien à voir avec le chantier. »
J’espère que cet architecte aura l’occasion de lire cette interview. Car il comprendra que, ce jour-là avec toi, il n’a pas perdu son temps.
- « C’était des équipes heureuses de faire ce qu’elles font et qui avaient envie de m’embarquer avec eux. C’est ce qui m’a motivé à commencer à travailler dans le bâtiment et qui me motive à continuer dans cette voie. »
Pour conclure ce chapitre sur la naissance de ta passion, je cite un autre passage de ton dossier :
- « Durant mes années collège, j'accompagnais régulièrement mon père dans son travail. Chaque absence de professeurs et période de vacances étaient de bonnes excuses pour me permettre d’en apprendre plus sur les tâches des métreurs, conducteurs de travaux, ouvriers, dirigeants, etc. »
On va basculer du passé au futur. Quels sont les sacrifices que tu es prête à faire pour mener à bien ton projet ?
- « Je vais devoir sacrifier du temps, c'est certain, pour apprendre et pour me donner à fond dans ce que j'entreprends. Pour autant, je fais partie d’une génération qui privilégie cet équilibre entre travail, vie de famille, passions et amitiés.
- Je veux continuer de faire prospérer l’entreprise, mais dans le même temps, je ne veux pas m’oublier. »
Dans ton plan de carrière, quelles sont les prochaines étapes ?
- « Je viens juste de commencer une formation Bachelor chargée d'affaires en bâtiment au CESI qui va durer un an. Ensuite, je serai embauchée en CDI dans l’entreprise familiale. Je me renseigne pour faire une formation reprise d’entreprise. »
J’ai vu que tu as ouvert récemment un compte Instagram. Est-ce qu’il y a des personnes qui travaillent dans le bâtiment que tu aimes suivre sur les réseaux sociaux ?
- « Je me suis trouvé une nouvelle passion pour les reels publiés sur Instagram par Mary-Havana Little (alias Mary Plaster Mouldings Direct). Elle fait des corniches en staff dans son atelier. C’est une Anglaise très talentueuse qui fait un travail magnifique. Ses vidéos sont hypnotiques.
- Pendant la soirée des Talentueuses, j’ai rencontré Lucie Amand (alias brico_deco_ans-cie), Victoria Floc’h (alias vk_passiondeco_officiel) avec sa stagiaire. C’était bizarre, car j’avais l’habitude les voir sur les réseaux sociaux et là, je pouvais discuter avec elles. »
Parmi ces 3 mots « Passion ou Destin ou Femme », quel est celui qui te définit le mieux ?
- « Passion, sans hésitation. Comme je l’ai raconté dans cette interview, cette passion pour le bâtiment a toujours été une évidence pour moi. Je crois que c’est ce qui me fera tenir si je rencontre un jour ou l’autre des difficultés dans ma carrière. J’aime profondément ce que je fais. »
Est-ce que tu as aussi prévu de mettre la main à la pâte et qu’est-ce que tu aimerais faire sur un chantier ?
- « Oui, bien sûr, c’est prévu. Je vais passer du temps sur les chantiers à apprendre quelques techniques. Ce que j’aimerais surtout faire, c’est appliquer de l’enduit.
- Je trouve ça beau à regarder et j’adore sentir l’odeur de l’enduit frais quand j’arrive sur un chantier. Il y en a qui aime d’autres odeurs bizarres comme l’odeur de l’essence, moi, c’est l’odeur de l’enduit frais ! »
Je vais passer le message à ton père : « Olivier, votre fille Marie a très envie de passer de l’enduit frais sur les murs » (rires).
- Tu liras aussi l’interview d’Alice Renaux qui a remporté un trophée des Talentueuses comme toi cette année. Elle parle de cette passion pour l’enduit. Elle se relaxe sur les chantiers en appliquant de l’enduit.
Tu es une talentueuse et passionnée du bâtiment, on a compris pourquoi. Mais quelle est ton autre passion ?
- « Quand j'étais au collège, j'ai fait du chant et je me suis même retrouvée à chanter seule pendant le spectacle de fin d’année. J’aimais bien chanter des chansons comme « Paroles… Paroles… » de Dalida ou « Débranche » de France Gall. »
Quand tu n’es pas sur un chantier ou en apprentissage, que fais-tu pour te relaxer chez toi ?
- « Écouter de la musique ! Dès que j’ai un moment dans la journée, j’écoute de la musique. Quand j'arrive au bureau et que j'ai un chiffrage à faire, je mets les écouteurs et je souffle un peu. »
Comme ça tu débranches !
- « Exactement (rires) ! »
Quel est le lieu qui t’inspire le plus ?
- « Deux villes m’inspirent énormément : Nancy et Lille.
- C’est à Nancy que je vais étudier au CESI. J’aime bien le quartier Thermal et me relaxer assise sur une pelouse du Parc Sainte-Marie avec mon ordinateur. J’aime flâner dans les rues du centre-ville, près de la Place de la Carrière avec le Palais du Gouvernement et son style néoclassique. Cela me fait un peu mal au cœur de dire ça en tant que Messine, mais c’est beau Nancy ! (rires)
- J’aime beaucoup Lille aussi. Je rends visite 2 ou 3 fois par an à un ami qui étudie là-bas et je me déconnecte complètement. Je débranche (rires) en faisant du vélo au Parc de la Citadelle. Je crois que j’ai un faible pour les parcs. »
Je sais que tu n’as que 20 ans, mais est-ce que tu crois que tu peux être un exemple pour d’autres femmes ?
- « C’est un objectif à long terme. Je veux faire les choses suffisamment bien et me donner à fond pour que plus tard des femmes soient admiratives de mon parcours et de ce que j’aurais pu apporter aux autres. »
En lisant ton interview, je suis certain que de nombreux jeunes, pas seulement des femmes, auront envie de reprendre le flambeau familial ou auront le courage de frapper à la porte du bâtiment. Car quand on a une passion aussi forte que la tienne, on n’a pas le droit de trahir son destin. Merci Marie.
Propos recueillis par Denis Gentile